Rapatrier de l’argent du Maroc vers le Canada : règles MRE
Rapatrier de l’argent du Maroc vers le Canada : comptes en dirhams convertibles, règles de l’Office des changes, preuves d’origine, obligations au Canada.
L’essentiel
- Au Maroc, les transferts vers l’étranger sont encadrés par l’Office des changes ; l’Instruction générale des opérations de change 2026 s’applique depuis le 1er janvier 2026.
- Les Marocains résidant à l’étranger (MRE) peuvent détenir des comptes en devises ou en dirhams convertibles, alimentés par des fonds venus de l’étranger.
- La règle clé : on retransfère facilement ce qui est entré en devises et dont on peut prouver l’origine. L’argent d’un compte en dirhams ordinaires n’est pas librement transférable.
- Au Canada, les virements internationaux de 10 000 $ ou plus sont déclarés par votre banque à CANAFE et à l’ARC ; les revenus et gains marocains restent à déclarer à l’impôt.
Vente d’un appartement, loyers accumulés, épargne laissée au pays : tôt ou tard, beaucoup de Marocains du Canada veulent rapatrier de l’argent du Maroc vers le Canada. Le Maroc applique un contrôle des changes, et tout dépend de l’origine des fonds et du compte sur lequel ils se trouvent. Voici les règles à connaître avant d’appeler votre banque.
Le cadre : l’Office des changes et l’IGOC 2026
Le dirham n’est pas librement convertible. Les opérations entre le Maroc et l’étranger suivent l’Instruction générale des opérations de change (IGOC), publiée par l’Office des changes. La version 2026, publiée début janvier 2026, s’applique depuis le 1er janvier 2026. Ce sont les banques marocaines, intermédiaires agréés, qui appliquent ces règles au quotidien : c’est donc votre banque qui exécute (ou refuse) le transfert.
Ce guide présente les principes. Pour un montant important, demandez à votre banque, par écrit, la liste exacte des pièces exigées pour votre cas.
Le bon compte fait toute la différence
| Type de compte | Alimenté par | Transfert vers le Canada |
|---|---|---|
| Compte en devises | Devises reçues de l’étranger | En principe libre, dans le cadre de la réglementation |
| Compte en dirhams convertibles | Devises venues de l’étranger, converties en dirhams, ou fonds transférables | En principe libre, à hauteur des sommes transférables |
| Compte en dirhams ordinaire | Revenus et dépôts locaux | Pas librement transférable : règles particulières |
Les MRE peuvent ouvrir des comptes en devises ou en dirhams convertibles dans une banque marocaine, les créditer de fonds transférés de l’étranger et les débiter librement pour leurs dépenses. Si vous n’en avez pas encore, voyez notre guide pour ouvrir un compte bancaire au Maroc depuis l’étranger. Et pour l’envoi dans l’autre sens, lisez envoyer de l’argent du Canada au Maroc : c’est au moment de l’envoi que se crée la traçabilité dont vous aurez besoin plus tard.
Le principe : ce qui est entré en devises peut ressortir
Pour un investissement au Maroc (achat immobilier, travaux, placement) financé en devises ou en dirhams convertibles, l’Office des changes indique, selon des propos rapportés par la presse marocaine lors de la présentation de l’IGOC 2026, que les MRE peuvent transférer les revenus, le produit de cession et les plus-values, à condition de justifier le financement initial. Sans preuve de cette entrée de devises, le produit de la vente atterrit en principe sur un compte en dirhams ordinaire et n’est pas librement transférable.
Les cas plus délicats
- Bien acheté en dirhams ordinaires (avec des économies au Maroc, un crédit local remboursé en dirhams) : le retransfert n’est pas automatique. Votre banque examinera ce qui peut l’être.
- Bien ou argent hérité : il n’y a pas eu d’apport personnel en devises ; le traitement se fait au cas par cas, sur la base de l’acte de succession. Voyez aussi notre guide sur la succession au Maroc depuis l’étranger.
- Loyers d’un bien au Maroc : la possibilité de les transférer dépend aussi de la façon dont le bien a été financé.
Les preuves d’origine des fonds à rassembler
- Avis de virement international (date, montant, banque émettrice au Canada) correspondant à l’achat.
- Attestations de la banque marocaine confirmant la réception de devises et leur affectation à l’opération.
- Relevés du compte en devises ou en dirhams convertibles par lequel les fonds sont passés.
- Acte d’achat et, en cas de vente, acte de vente et attestations fiscales prouvant que l’impôt marocain est réglé.
- Pour un héritage : acte de succession et documents de partage.
Conseil pratique : conservez ces documents dès l’achat, en version papier et numérique. Retrouver un avis de virement vingt ans plus tard est souvent impossible.
Côté canadien : ce qu’il faut savoir
Le transfert lui-même
Ramener votre propre capital au Canada n’est pas, en soi, un revenu imposable. Mais l’Agence du revenu du Canada (ARC) précise que les institutions financières déclarent à CANAFE et à l’ARC les télévirements internationaux de 10 000 $ ou plus, y compris plusieurs virements plus petits totalisant ce montant en 24 heures. Gardez vos justificatifs : ils expliquent l’origine des fonds si l’ARC pose des questions.
Les espèces à la frontière
Si vous voyagez avec des espèces ou des effets (chèques, traites) de 10 000 $ CA ou plus, en toute devise, vous devez les déclarer à l’Agence des services frontaliers du Canada, à l’entrée comme à la sortie. Sans déclaration, les fonds peuvent être saisis. Le Maroc a aussi ses propres règles de déclaration des devises à la sortie : informez-vous avant le départ. Le virement bancaire reste la solution la plus sûre.
L’impôt sur ce qui a produit l’argent
Ce n’est pas le transfert qui est imposé, mais les revenus et gains d’origine : loyers, intérêts, gain sur la vente d’un bien. Un résident du Canada déclare ses revenus de toutes provenances, avec un crédit pour l’impôt payé au Maroc (formulaire T2209 au fédéral, TP-772 au Québec). Si le coût total de vos biens étrangers (comptes bancaires compris) a dépassé 100 000 $ dans l’année, le formulaire T1135 est aussi requis. Notre guide sur la convention fiscale Canada–Maroc détaille ces règles.
Étapes pour un rapatriement sans blocage
- Identifiez le compte où se trouvent les fonds et leur origine.
- Rassemblez les preuves d’entrée de devises et les actes.
- Réglez les impôts marocains liés à l’opération et obtenez les attestations.
- Demandez à votre banque marocaine la liste écrite des pièces et le délai.
- Prévenez votre banque canadienne d’un virement important et gardez tout le dossier pour votre déclaration.
Pour estimer le montant reçu en dollars, utilisez notre convertisseur de devises dirham ; le taux réel dépend de votre banque.
Questions fréquentes
Puis-je transférer mes économies en dirhams ordinaires ?
Pas librement. Les fonds d’un compte en dirhams ordinaire suivent des règles particulières : interrogez votre banque sur ce qui est transférable dans votre cas.
Faut-il une autorisation de l’Office des changes ?
Pour les opérations prévues par l’IGOC, la banque agit directement sur présentation des justificatifs. Les cas non prévus peuvent nécessiter une demande à l’Office des changes.
Vais-je payer de l’impôt au Canada sur l’argent rapatrié ?
Pas sur le transfert lui-même, mais sur les revenus et gains qui l’ont produit, s’ils n’ont pas déjà été déclarés.
Le virement sera-t-il signalé à l’ARC ?
Oui, s’il atteint 10 000 $ ou plus. C’est une procédure normale : conservez vos preuves d’origine.
Sources
- Office des changes du Maroc : Instruction générale des opérations de change 2026 (publication de janvier 2026) et fiches destinées aux MRE
- Agence du revenu du Canada : Déclaration des télévirements ; formulaire T2209 ; Questions et réponses sur le formulaire T1135
- Agence des services frontaliers du Canada : Vous voyagez avec 10 000 $ CA ou plus ? Déclarez-le
- Revenu Québec : Crédit pour impôt étranger
Informations vérifiées le 2 novembre 2026. Les règles changent : confirmez toujours auprès de l’organisme concerné avant une démarche.
Information générale. Ce guide est vérifié à la date indiquée, mais les procédures, frais et délais peuvent changer. Confirmez toujours auprès du consulat ou du service officiel concerné. Pour une situation personnelle (succession, fiscalité, immigration), consultez un professionnel autorisé.